Construction de la tour Eiffel
un chantier record
Deux ans de travaux, une équipe qu’on a oubliée et un monument prévu pour ne durer que vingt ans.
La tour Eiffel a été construite entre le 26 janvier 1887 et le 31 mars 1889, soit deux ans, deux mois et cinq jours, pour l’Exposition universelle de 1889. Conçue par les ingénieurs Maurice Koechlin et Émile Nouguier, habillée par l’architecte Stephen Sauvestre et réalisée par l’entrepreneur Gustave Eiffel, elle compte environ 18 000 pièces de fer puddlé.
- Un chantier de 2 ans : de janvier 1887 à mars 1889, à temps pour l’Exposition.
- Une œuvre collective : Koechlin et Nouguier pour l’idée, Sauvestre pour la forme, Eiffel pour la réalisation.
- Du fer, pas de l’acier : fer puddlé et près de 2,5 millions de rivets.
- Prévue temporaire : sauvée du démontage par la science et la radio.
Une tour pour l’Exposition de 1889
Tout commence par une commande. La France prépare l’Exposition universelle de 1889, qui doit marquer le centenaire de la Révolution, et cherche un geste spectaculaire pour en signer l’entrée. Un concours est lancé ; parmi cent sept projets déposés, c’est celui d’une tour de fer de trois cents mètres qui l’emporte. À l’époque, rien de comparable n’existe : ce serait la plus haute construction jamais élevée par la main humaine.
Un détail, longtemps oublié, éclaire toute l’histoire : la tour n’est pas conçue pour rester. La concession accordée court sur une vingtaine d’années, après quoi le monument doit théoriquement être démonté. On bâtit donc, en grand, quelque chose que l’on croit provisoire. Cette ambiguïté d’origine explique la légèreté de la structure autant que les débats qu’elle soulève.
Qui a vraiment conçu la tour Eiffel ?
Le nom d’Eiffel a recouvert tous les autres, et c’est une injustice tenace. Gustave Eiffel est un entrepreneur remarquable, maître du fer et des grands ouvrages, mais l’idée première ne vient pas de lui. Deux ingénieurs de son entreprise, Maurice Koechlin et Émile Nouguier, dessinent les premiers le principe d’un grand pylône métallique. Le projet, d’abord austère, prend son visage grâce à l’architecte Stephen Sauvestre, qui ajoute les arcs de base, les plateformes et l’élan que l’on connaît.
Eiffel, lui, apporte ce qui manque à une bonne idée pour devenir un monument : la capacité industrielle, le sens du risque et la volonté de porter le projet jusqu’au bout. Il rachète les droits, défend l’ouvrage, engage sa réputation. La tour porte son nom parce qu’il l’a rendue possible, pas parce qu’il l’a imaginée seul. Restituer ce partage n’enlève rien à sa stature ; cela rend justice à une œuvre collective.
Un chantier record
deux ans, deux mois, cinq jours
Les premiers travaux de terrassement débutent le 26 janvier 1887. La tour est achevée le 31 mars 1889 : deux ans, deux mois et cinq jours plus tard. Pour un ouvrage de cette hauteur, avec les moyens de l’époque, la vitesse tient de l’exploit.
Le secret n’est pas dans la précipitation, mais dans la méthode. Presque tout est préparé en amont, dans les ateliers d’Eiffel, en périphérie de Paris. Chaque pièce y est dessinée, découpée et percée au millimètre, puis acheminée sur le Champ-de-Mars pour n’y être qu’assemblée. Le chantier ressemble moins à une forge géante qu’à un immense jeu de construction où chaque élément trouve sa place exacte. Cette préfabrication, encore rare à l’époque, permet de réduire le nombre d’ouvriers sur place — de l’ordre de trois cents — et d’éviter les reprises.
| Le chantier en chiffres | Valeur |
|---|---|
| Durée des travaux | 2 ans, 2 mois et 5 jours |
| Début et fin | 26 janvier 1887 → 31 mars 1889 |
| Projets en concours | 107 |
| Pièces de fer puddlé | environ 18 000 |
| Rivets | près de 2,5 millions |
| Ouvriers sur le chantier | environ 300 |
| Hauteur à l’achèvement | 300 mètres |
Le fer puddlé et les 2,5 millions de rivets
La tour n’est pas en acier, contrairement à une idée répandue, mais en fer puddlé, un fer affiné, résistant et adapté aux contraintes du monument. Le métal vient en grande partie des forges de Pompey, en Lorraine. Environ dix-huit mille pièces sont fabriquées, dessinées une à une avec une précision d’horloger.
Ce qui les tient ensemble raconte l’autre moitié de l’histoire : près de deux millions et demi de rivets. Sur le chantier, des équipes chauffent les rivets au rouge, les glissent dans les trous préperçés et les écrasent pour souder les pièces entre elles en refroidissant. Rien n’est laissé au hasard, car la moindre erreur d’alignement, à ce nombre, deviendrait ingérable. La tour doit aussi résister au vent : sa forme évasée, ses treillis ajourés ne sont pas décoratifs, ils laissent passer l’air et répartissent les efforts. La dentelle de fer que l’on admire est d’abord un calcul.
La polémique des artistes
Le monument n’a pas fait l’unanimité, loin de là. Dès 1887, alors que le chantier commence à peine, un groupe d’écrivains et d’artistes publie une protestation véhémente contre cette « tour de fer » qu’ils jugent laide, inutile, indigne de Paris. La ville qui l’accueille se déchire sur sa silhouette avant même de la voir achevée.
Ce rejet, aujourd’hui, prête à sourire. Il rappelle pourtant une constante : les œuvres qui rompent avec leur époque déplaisent souvent d’abord. La tour a mis des années à passer du statut d’intruse à celui d’emblème. Ce sont l’usage, l’habitude et le regard du monde entier qui l’ont peu à peu adoptée.
Comment un monument temporaire est devenu permanent
Restait la menace du démontage, inscrite dès l’origine. Ce qui a sauvé la tour n’est pas sa beauté, mais son utilité. À mesure que la fin de la concession approche, sa hauteur exceptionnelle en fait un support idéal pour les expériences scientifiques, puis pour la télégraphie sans fil. Antennes, transmissions militaires, débuts de la radio : la tour devient un outil qu’on ne peut plus se permettre d’abattre.
Le monument prévu pour vingt ans est ainsi resté, sauvé par la science plus que par l’art. Et le chantier de 1887 a laissé bien plus qu’une silhouette : une leçon d’ingénierie, où la précision préfabriquée, le calcul du vent et l’assemblage méthodique annonçaient la construction moderne.
Combien de temps a duré la construction de la tour Eiffel ?
Deux ans, deux mois et cinq jours. Les premiers travaux de terrassement ont commencé le 26 janvier 1887 et la tour a été achevée le 31 mars 1889, à temps pour l’Exposition universelle. Une rapidité remarquable pour l’époque, permise par la préfabrication des pièces en atelier.
Qui a construit la tour Eiffel ?
L’entrepreneur Gustave Eiffel a porté et réalisé le projet, mais l’idée revient à deux ingénieurs de son entreprise, Maurice Koechlin et Émile Nouguier ; l’architecte Stephen Sauvestre lui a donné sa forme. La tour est une œuvre collective, retenue parmi cent sept projets.
En quoi est faite la tour Eiffel ?
En fer puddlé, et non en acier. Environ dix-huit mille pièces, fabriquées pour une bonne part avec le fer des forges de Pompey, en Lorraine, sont assemblées par près de deux millions et demi de rivets. Sa structure ajourée est calculée pour résister au vent.
Pourquoi la tour Eiffel n’a-t-elle pas été démolie ?
Elle devait l’être : sa concession n’était accordée que pour une vingtaine d’années. Sa grande hauteur en a fait un support précieux pour les expériences scientifiques puis la télégraphie sans fil et la radio. Devenue utile, elle a été conservée.
Ce qu’on prenait pour une prouesse d’exposition était, en réalité, un manifeste de la construction moderne.