Construction navale à Bordeaux
histoire et chantiers d’aujourd’hui
Des bassins à flot creusés au XIXe siècle au chantier CNB, retour sur une ville qui construit des bateaux.
La construction navale fait partie de l’identité de Bordeaux depuis le XIXe siècle. Le long de la Garonne, les bassins à flot ont abrité chantiers et réparation navale. Aujourd’hui, le savoir-faire se perpétue avec CNB, chantier du Groupe Beneteau, pendant que les anciens sites industriels sont devenus un nouveau quartier.
- Bassins à flot : creusés à partir de 1869, complétés entre 1906 et 1912.
- Base sous-marine : bunker de 1941, devenu lieu de culture.
- CNB : chantier créé en 1987, dans le Groupe Beneteau depuis 1992.
- Bacalan : ancien pôle industriel transformé en quartier.
Bordeaux, une ville façonnée par le fleuve
Difficile de comprendre Bordeaux sans la Garonne. Le fleuve a fait la fortune de la ville, port de commerce ouvert sur l’Atlantique, et il a aussi nourri une vocation plus discrète : construire et réparer les navires qui le remontaient. Cette activité a laissé des traces visibles, surtout en aval du centre, vers Bacalan, là où l’eau et l’industrie se sont longtemps côtoyées.
La construction navale bordelaise n’a rien d’un décor figé. Elle relie un passé ouvrier, une mémoire de guerre et un chantier toujours en activité. Trois temps qui se lisent encore dans le paysage, pour qui sait regarder au-delà des quais réaménagés.
Les bassins à flot et les grandes heures des chantiers
À partir de 1869, on creuse le premier des bassins à flot, ces plans d’eau fermés où le niveau reste constant quelle que soit la marée. Un second suit, construit entre 1906 et 1912. Leur fonction est claire : permettre d’armer, d’entretenir et de réparer les bateaux à l’abri des variations du fleuve.
Pendant des décennies, le quartier vit au rythme de cette activité. Grues, silos, entrepôts et cales de réparation dessinent une silhouette industrielle, et le secteur incarne l’identité maritime et ouvrière de Bordeaux. On y construit, on y répare, on y charge ; le port et le chantier ne font qu’un.
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À partir de 1869 — le premier bassin
Le creusement du premier bassin à flot dote Bordeaux d’un plan d’eau à niveau constant, dédié à l’armement et à la réparation des navires, en aval du centre.
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1906-1912 — le second bassin
Un deuxième bassin agrandit le pôle. Le quartier de Bacalan devient un cœur industriel et maritime, hérissé de grues et de hangars.
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1941 — la base sous-marine
L’occupant édifie un immense bunker à même l’un des bassins. L’ouvrage de béton marque durablement le paysage et la mémoire des lieux.
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1987 — la naissance de CNB
Le chantier Construction Navale Bordeaux ouvre au bord de la Garonne et perpétue le savoir-faire, bientôt rattaché au Groupe Beneteau.
La base sous-marine, vestige de béton devenu lieu de culture
Le vestige le plus massif de cette histoire date de la Seconde Guerre mondiale. À partir de 1941, l’organisation Todt édifie une base destinée à abriter des sous-marins, à même l’un des bassins de Bacalan. Le chantier dure environ vingt-deux mois et mobilise plusieurs milliers de travailleurs, dont une part de main-d’œuvre forcée, un pan sombre qu’il serait malhonnête de passer sous silence.
Le résultat est un bloc de béton armé démesuré, long de plus de deux cents mètres, percé d’alvéoles conçues pour accueillir les bâtiments. Trop solide pour être détruit à un coût raisonnable, l’ouvrage est resté, encombrant et silencieux, pendant des décennies.
Sa seconde vie est culturelle. La base accueille désormais un centre d’art numérique, où des projections monumentales se reflètent dans l’eau des alvéoles. Le contraste est saisissant : un lieu pensé pour la guerre devenu espace d’exposition, sans qu’on efface pour autant ce qu’il fut.
La reconversion culturelle de la base n’efface pas son origine. L’ouvrage a été bâti en partie par une main-d’œuvre contrainte : le rappeler fait partie de la visite autant que les œuvres projetées.
CNB, l’héritage vivant de la construction navale bordelaise
La construction navale n’est pas qu’un souvenir à Bordeaux. Le chantier CNB, pour Construction Navale Bordeaux, perpétue le savoir-faire le long de la Garonne. Créé en 1987, il a rejoint le Groupe Beneteau en 1992, qui en a pris le contrôle, et s’est tourné vers la plaisance haut de gamme.
Le site, étendu sur plusieurs hectares en bord de fleuve, dispose de quais en eau suffisamment profonde pour mettre à l’eau et tester les unités construites. Au fil des ans, le chantier a produit des dizaines de grands voiliers, généralement de vingt à une trentaine de mètres, en maîtrisant des matériaux exigeants comme l’aluminium et le composite. Le pôle réunit aujourd’hui plusieurs marques aux profils distincts.
Lagoon
La marque de catamarans de croisière du pôle, déclinée sur une large gamme de tailles. Un segment où le chantier s’est fait un nom au-delà de Bordeaux.
EXCESS
Des catamarans au caractère plus sportif et contemporain, pensés pour une navigation plus engagée que la croisière classique.
CNB Yacht Builders
La signature des grands voiliers semi-personnalisés, héritière directe du savoir-faire historique du chantier sur les unités haut de gamme.
Quand les anciens chantiers deviennent un quartier
Autour des bassins, l’ancienne zone portuaire et industrielle s’est métamorphosée. Là où s’alignaient hangars et cales, un nouveau morceau de ville a pris forme : logements, bureaux, commerces et lieux culturels, organisés autour des plans d’eau conservés.
Cette reconversion illustre une tendance plus large, celle des villes portuaires qui réinvestissent leurs friches au lieu de les raser, en gardant la mémoire des lieux. Un bassin, une grue préservée, une halle reconvertie suffisent parfois à rappeler ce que le quartier fut. Pour le promeneur, le résultat est un territoire à double lecture, où l’on habite et travaille sur les traces d’un passé industriel encore lisible.
| Repère | Époque | Aujourd’hui |
|---|---|---|
| Premier bassin à flot | À partir de 1869 | Conservé, cœur du quartier |
| Second bassin à flot | 1906-1912 | Conservé |
| Base sous-marine | 1941 | Centre d’art numérique |
| Chantier CNB | Depuis 1987 | En activité (Groupe Beneteau) |
À retenir sur la construction navale à Bordeaux
La construction navale à Bordeaux se raconte en trois temps : les bassins à flot et les chantiers d’autrefois, la base sous-marine devenue lieu de culture, et CNB qui fait vivre ce savoir-faire au présent. Le tout s’inscrit dans un quartier transformé, où l’histoire maritime de la ville reste palpable. Une bonne porte d’entrée pour comprendre comment Bordeaux est restée, à sa manière, une ville de chantiers.
Depuis quand construit-on des bateaux à Bordeaux ?
L’activité est ancienne, liée au rôle portuaire de la ville sur la Garonne. Les bassins à flot, creusés à partir de 1869 puis complétés entre 1906 et 1912, ont longtemps servi de pôle de construction et de réparation navale en aval du centre, vers Bacalan.
Qu’est-ce que CNB exactement ?
CNB, pour Construction Navale Bordeaux, est un chantier installé au bord de la Garonne. Créé en 1987, il a rejoint le Groupe Beneteau en 1992 et s’est spécialisé dans la plaisance haut de gamme, avec un savoir-faire reconnu sur l’aluminium et le composite.
Que peut-on voir aujourd’hui de ce passé industriel ?
Les bassins à flot sont conservés au cœur du quartier de Bacalan. La base sous-marine, immense bunker de la Seconde Guerre mondiale, se visite désormais comme espace culturel. Autour, hangars et grues rappellent l’ancienne vocation des lieux.
Pourquoi la base sous-marine n’a-t-elle pas été détruite ?
Sa structure en béton armé, épaisse de plusieurs mètres, la rendait pratiquement indestructible à un coût raisonnable. Restée en place après la guerre, elle a fini par trouver une seconde vie culturelle plutôt que de disparaître.
Les bassins à flot sont-ils encore un quartier industriel ?
Plus vraiment. L’ancienne zone portuaire et industrielle a été transformée en nouveau quartier mêlant logements, bureaux, commerces et culture, organisé autour des plans d’eau. Le passé naval reste visible, mais l’usage des lieux a changé.
De ses bassins du XIXe siècle à ses yachts d’aujourd’hui, Bordeaux n’a jamais tout à fait quitté le chantier. Le fleuve, lui, n’a pas bougé.